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Bernadette Pekss femme de Zanis Waldheims
Adieu Bernadette Pekss (1910-2002)


Toute une histoire qu'est la  vie de cette femme extrêmement
courageuse, qui a consacrée plus de dix ans de sa vie, à supporter
son mari Zanis Waldheims, obsédé par le désir de changer le
monde et d'éveiller les consciences endormies des humains.
Dix années de sacrifices, où le couple vie au seuil de la pauvreté
et le harcèlement psychologique de leurs proches parents voire
des autres Lettons. C'étaient deux êtres exceptionnels, deux
artistes à leur manière, que le destin avait fait rencontrer à Paris
en France en  1950. Voici une brève historique des grands
moments de la vie de cette femme exceptionnelle sans qui
Zanis Waldheims ne serait rien.

À l'automne 1944, à cause de la guerre qui faisait rage en Europe,
et dans son petit pays la Lettonie, elle et quelques membres de
sa famille ont dû quitter leur province natale (Latgale), et aller vers
l’ouest, afin de fuir l’avancé de l’armée communiste. Son père venait
de mourir dans sa grange, suite aux blessures mortelles d’un
bombardement lancé par les Russes qui pilonnaient les positions
allemandes dans la région.

Elle laissait derrière elle, son mari Zanis Gorbunov,  qui avait été
enrôlé de force dans l’armée allemande, pour aller se battre sur le front Russe, de ce qui est devenu dans l'histoire, la fameuse bataille de Stalingrad, où l'armée allemande fut défaite et ses soldats fait prisonniers. Son mari fut cinq ans en prison, avant de regagner sa liberté. Une fois sortie de prison, complètement brisé, et ne pouvant pas aller vivre dans les pays libres à l’ouest, il s'est remarié avec une institutrice et ils ont eu une fille Aria. Bernadette, fidèle jusqu’à la fin, l’avait attendu toutes ces années. Son premier mari, est mort à la fin des années 50. Jeune, il était peintre.

Bernadette avait donc dû fuir avec sa famille, la Lettonie à l’automne 1944 (sa mère, son frère aîné qui était prêtre catholique et ses deux jeunes sœurs). Les cinq autres frères de Bernadette, n’avaient pu quitter la Lettonie. Certains de ses frères sont morts à la guerre, un de ceux ci fut envoyé dans un camp d’extermination par le travail en Sibérie. (Il y passa dix ans sous terre à travailler dans une mine). Le petit groupe s’embarqua donc, après quelques mois d’attente à Liepaya à l’extrême ouest du pays, sur un bateau en direction de l’Allemagne, où son frère aîné avait des contacts avec l’église catholique d’allemagne. Ils se rendirent dans la région de Muldorf en Bavière, où elle travailla pendant quelques années.

En 1948, elle se trouve un emploi comme couturière et domestique dans une famille française vivant à Paris (Famille Berger). Le chef de famille, était un ex officier de l'aviation française. Elle y passera certainement, une des plus belles périodes de sa vie, tant elle est aimée et respectée par la famille qui ont plusieurs jeunes enfants. Le 24 juin 1950, elle rencontre Zanis Waldheims lors d'une fête lettone, similaire à la fête de la St-Jean Baptise au Québec. Ils se sont liés d'amitiés et vivant chacun de leur coté, ils visitent le grand Paris.

Zanis Waldheims émigre au Canada en février 1952, et en 1953, Bernadette  vient le rejoindre à son tour. Après une brève vacance, elle se trouvera du travail comme couturière dans une manufacture de linge, qui exploitait les femmes immigrantes arrivées en grand nombre après la guerre. Elle sera timorée voire déchirée dans sa foi chrétienne profonde, par le fait que son frère prête, et sa famille vivant alors encore en France, lui reprochaient de vivre dans une union non bénie par l’église, et que leurs conjoints respectifs étaient toujours vivant. Zanis sa première femme avec ses deux enfants vivait aux USA dans la région de Chicago, et Bernadette son mari vivait à Riga. En 1954, avec l’aide de Zanis et Bernadette, et malgré les tensions avec sa famille, ils aident une de leur sœur avec sa famille et son frère prêtre à immigrer au Canada.

En 1962, Bernadette sera la seule à pourvoir aux revenus du couple. Cette année là, son Zanis, décide de prendre congé de son travail à l’entrepôt. Il veut se consacrer à plein temps, à vouloir expliquer ses idées sur l’abstraction géométrique et son modèle de l’unité de sens voire sa philosophie qui vise à éveiller la conscience endormie des humains. Elle supportera cette charge, sans se plaindre, pendant dix longues années, c’est à dire, jusqu’à ce que Zanis retourne travailler en 1972, comme commissionnaire et au trie du courrier dans une grande compagnie de construction.

En plus de vivre pendant dix ans dans l’insécurité totale voire de pauvreté, elle dût supporter en plus un stress qui venait de son frère prêtre, et des membres de sa famille vivant à Montréal et à Chicago. Ils sont furieux contre elle, d’endurer ce vaux rien. Zanis, c'est le mouton noir des Lettons qui bossent fort pour leurs familles, lui il semblait se la couler douce. Quels pressions ils ont dû vivres durant toutes ces années, à une époque, où il était mal vue dans la communauté de vivre une vie commune sans êtres mariés, et de faire vivre un quoi ? un artiste ? un philosophe ? un perdu ? un malade ? quoi ? Malgré les reproches de toutes parts, elle ne lâche pas.

Zanis vient à sermonner son beau-frère prêtre, pour qu'il leur laisse la paix finalement, aux reproches de son beau-frère prêtre, il réplique en lui disant, qu’il n’avait aucune morale à recevoir de lui, car dans son cas, il avait abandonné les membres de sa paroisse en Lettonie pour fuir les communistes.

Malgré ses problèmes respiratoires et ses crises d'asthme qui la font rentrer à l'hôpital assez souvent, elle ne lâche pas. Elle n’a pas le choix. Ses liens avec sa famille seront donc au strict minimum. Pour faire taire les mauvaises langues, ils se marient dans une église anglicane en 1963.

En 1978, elle prend sa retraite avec une petite rente. Elle s'adonne alors à son loisir favori, la peinture à l'huile et la poésie. Elle prend des cours de peinture donnés par son club social. Elle copie les impressionnistes français, et son professeur lui achète de ses tableaux tant ils sont biens réussis. Elle, elle peint, mais Zanis corrige, par ses commentaires justes, les dégradés de couleurs de ses toiles. Elle en vend quelques-uns uns dans des expositions amateurs, mais elle en donne plusieurs à sa famille. Elle s'adonne aussi à l'écriture de poèmes dans la pure tradition Lettone.

En 1988 elle fait un voyage en Lettonie encore communiste. Elle rencontrera Aria, la fille de son premier mari Zanis Gorbunov, et une correspondance s’établit.

Le 13 mars 1993, lors d'une très grosse tempête de neige, Bernadette et Zanis se marieront selon les rites de l’église Catholique, à l'église St-Louis de France à Montréal. Le 19 juillet son Zanis meurt d'un cancer à l'âge de 83 ans. Elle restera seule dans son appartement de la rue Coloniale. Elle aura une vie agréable avec plusieurs sorties au centre culturel Letton de Lachine, dont elle se rend régulièrement en autobus et en métro. Les tensions entre son frère prêtre et sa famille sont disparues.

En 1998, elle casse maison et entre dans un foyer pour personne âgées tout au bout nord de la rue Coloniale, rue sur laquelle elle avait vécu entre 1958 et 1998. Son seul unique et fidèle visiteur, depuis 1993, est Yves Jeanson, l’ami et collaborateur de son mari Zanis. Avec la permission de Bernadette, il ramasse toute la documentation possible de ce que Zanis avait laissé à sa mort: tous les livres de sa bibliothèque, ses notes, ses photos, certaines de ses lettres, surtout son journal intime.

Le 23 juin 2002, Bernadette Pekss meurt d'un cancer. Elle sera enterrée au même endroit que son mari Zanis au cimetière de la Côte des Neiges à Montréal.
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Bernadette Pekss était une femme douce, souriante et très indépendante. Elle était habituée à la solitude, même si c'est difficile de vivre comme cela et qu'elle s'en plaignait parfois, surtout pendant les six derniers mois de sa vie. Elle avait très peu de contact intime avec sa sœur qui vivait dans la même maison de retraite qu’elle.

Yves Jeanson lui rendait visite régulièrement, au moins une fois par mois, et plus souvent lors des fêtes de Pâques, à son anniversaire de naissance le 3 juin, le jour Noël et du Jour de l'An. Il l'appelait assez souvent aussi. Il était son seul confident. Leurs relations étaient bonnes et cordiales.

Adieu Bernadette,
Non, je ne vous oublierai jamais.

Par Yves Jeanson,

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